Cécilia Dutter : "les auteurs indépendants sont audacieux et courageux"

Cécilia Dutter : "les auteurs indépendants sont audacieux et courageux"

L'écrivaine Cécilia Dutter, co-animatrice de la 1ère Rencontre de la Pépinière, revient avec nous sur son parcours. Elle offre un regard particulièrement pertinent sur le monde de l'édition et adresse ses encouragements aux auteurs indépendants.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours d’auteure?

J’écrivais depuis quelques années déjà, sans oser envoyer mes textes à des éditeurs. Toutefois, en 2005, à l’instigation de mon mari, j’ai passé le pas et envoyé le manuscrit d’un roman intitulé « Une présence incertaine » à une dizaine d’éditeurs parisiens. En dehors d’une ou deux lettres d’encouragement, je n’ai reçu que des réponses-type, invariablement négatives. Cependant, un petit éditeur, Thélès, a fini par me dire oui et m’a ainsi mis le pied à l’étrier.

Au cours de différents salons du livre, j’ai fait la connaissance d’auteurs d’autres maisons d’édition, et notamment de Laurent Bettoni, qui publiait « Ma place au paradis », son premier roman paru chez Robert Laffont. Parmi eux, j’ai fait la connaissance de celle qui est devenue ultérieurement mon éditrice aux éditions Ramsay pour mon second roman, publié en 2008,  intitulé « La dame de ses pensées », ( récemment reparu en poche chez Milady Littérature sous le titre « Chère Alice »). Puis, en découvrant les écrits d’Etty Hillesum, j’ai eu envie de partir sur les traces de cette jeune juive néerlandaise ayant tenu un journal de 1941 à 1943 sous l’Occupation nazie. Son parcours de vie et son cheminement spirituel singulier, au cœur de la Shoah, m’ont donné l’idée d’écrire sa biographie. J’ai soumis un synopsis aux éditions Robert Laffont qui ont accepté le projet. « Etty Hillesum, une voix dans la nuit » est paru en 2010. C’est à ce moment là que ma carrière d’auteur a véritablement démarré car le livre a remporté un franc succès auprès de la presse et les ventes ont été à la clé. Ensuite, j’ai publié deux romans chez Albin Michel : « Lame de fond » en 2012, qui a obtenu le Prix Oulmont de la Fondation de France, et « Savannah dream » en 2013, (les deux ouvrages sont également en poche chez Milady Littérature). Parallèlement, j’ai continué à écrire des essais : un second ouvrage sur Etty Hillesum, publié aux éditions Salvator et un ouvrage sur le Désir, coécrit avec Joël Schmidt, chez Desclée de Brouwer. Puis, mon roman « Zeina, bacha posh » est paru pour la rentrée littéraire de septembre 2015 aux éditions du Rocher. Et, depuis deux ans, je suis publiée par les éditions du Cerf. L’an dernier, j’ai consacré une biographie à Flannery O’Connor, cette magnifique auteure catholique des années 50, originaire du Vieux Sud des Etats-Unis, prétexte pour moi à une réflexion sur la mission d’écrivain croyant. Et cette année, je viens de publier « A toi, ma fille », un recueil de lettres à teneur philosophique et spirituelle d’une mère à sa fille avant qu’elle prenne son envol. L’occasion pour moi de poser un regard de mère et de citoyenne sur notre époque et de donner de tendres recommandations aux jeunes filles pour construire harmonieusement leur vie de femme et ne pas s’éloigner de leur vérité profonde.

Comment avez-vous vu le monde de l’édition évoluer ?

Depuis une dizaine d’années, le monde de l’édition a beaucoup changé. Les éditeurs publient beaucoup. Sans doute plus que le marché ne peut absorber. En dehors d’une poignée de titres qui se vendent extrêmement bien, la plupart ont du mal à surnager. Les ouvrages restent de moins en moins longtemps en librairie et leur visibilité, qui dépend du tirage initial, est souvent limitée. Les auteurs ont donc tout intérêt à s’engager pour faire vivre leurs livres au-delà des trois mois (ou parfois moins) où on peut les trouver en librairie. En outre, ils doivent apprendre à accorder une véritable place à la promotion. Les salons du livre, les rencontres littéraires, les conférences permettent de prolonger la durée de vie des livres.

Connaissiez-vous l’autoédition?

Mon ami Laurent Bettoni m’en a beaucoup parlé. Compte tenu de la difficulté à se faire publier et repérer par les éditeurs traditionnels, je trouve très bien que l’auto-publication numérique existe. Je sais que ces mêmes éditeurs traditionnels sont attentifs aux ventes qu’atteignent certains titres auto-publiés et que parfois, ils en rachètent les droits pour une édition papier. Bref, c’est un bon moyen de se faire remarquer à condition de savoir organiser le « buzz » autour de son ouvrage pour que les ventes décollent.

Quel regard portez-vous sur les auteurs indépendants?

Je les trouve audacieux et courageux. Je les encourage vivement à poursuivre leur rêve mais ils ne doivent pas oublier que dans ce « métier » d’écrivain, comme dans tous les domaines artistiques, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. De même, les élus d’aujourd’hui ne seront pas forcément ceux de demain car l’on n’est jamais garanti de conserver sa place… Ecrire, au sens professionnel, nécessite d’accepter de vivre perpétuellement dans l’aléa.

Vous avez participé à la rencontre de la pépinière Bookelis sur l’écriture créative. Qu’est ce qui vous a motivée à le faire?

Laurent Bettoni m’a proposé de participer à cette rencontre. Cela m’intéressait de discuter avec des auteurs indépendants, de connaître leurs motivations, de savoir comment chacun envisage l’écriture et de répondre à leurs questions sur le métier. J’ai beaucoup aimé ce moment de partage entre passionnés d’écriture et de littérature.

Quels conseils pourriez-vous donner à un auteur qui se lance?

De ne pas se décourager face aux réponses négatives des éditeurs. Dans ce domaine, le non est la règle, le oui, l’exception. Il faut retenter sa chance avec d’autres textes jusqu’à ce que l’un d’eux emporte l’adhésion. Il ne faut pas non plus négliger l’autoédition, qui peut être un bon moyen de se faire repérer.

Quelle est votre actualité?

Un ouvrage intitulé « A toi, ma fille » dont j’ai parlé plus haut, qui vient de paraître aux éditions du Cerf et dont voici la quatrième de couverture :

« A travers ce recueil de lettres au ton résolument intimiste, empreint de tendresse et d’affection, une mère s’adresse à sa fille au seuil de sa majorité afin de lui rappeler les valeurs essentielles sur lesquelles prendre appui pour construire harmonieusement sa vie de femme et envisager son rapport au monde.

Cherchant à aiguiser son esprit critique sur l’époque et l’actualité, elle aborde sans langue de bois des thèmes aussi variés qu’universels : la carrière, la maternité, le bonheur, la liberté féminine, la sexualité, la mort, le mal, le pardon…

Elle souhaite enfin ouvrir le regard de la jeune fille à une dimension spirituelle de l’existence et lui apprendre à communier dès ici-bas avec plus Grand que soi.

Entre récit et essai, Cécilia Dutter livre, avec bienveillance et sensibilité, un message d’amour mettant à l’honneur le lien et la transmission mère-fille. » 

Pour plus d’informations sur l’agenda des rendez-vous littéraires et les retours média sur cet ouvrage, je vous invite à consulter la page d’accueil de mon site : http://cecilia-dutter.fr/

Un grand merci à Cécilia Dutter pour cet échange passionnant !

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Posté le 14/06/2017 Home, Portraits d'auteurs 0 841

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