L'autoédition est-elle pour vous ?

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Ce guide est disponible au format ebook sous le titre Autoédition : les clés du succès. Il contient les chapitres publiés dans cette rubrique ainsi que 12 astuces pratiques pour professionnaliser votre démarche et maximiser vos chances de succès sans disposer d'un gros budget. Téléchargez-le gratuitement sur la librairie Bookelis ou chez votre libraire en ligne habituel.

Un prisme de lecture

Quels que soient vos motifs, ce guide vous apportera un prisme de lecture sur le monde de l’(auto)édition en vous donnant quelques clés des rouages d’un système méconnu. Les nombreuses fiches conseils disponibles sur notre site le complètent utilement en allant plus loin dans les détails pratiques.

Il n’est pas nécessaire de disposer d’un budget pour autoéditer avec succès. Il est possible de tout faire soi-même gratuitement, c’est l’un des avantages de l’autoédition. Toutefois un budget minimum sera utile voire indispensable pour autoéditer de façon professionnelle et augmenter ses chances de succès.

Qu’est-ce que le succès ?

Cette question subjective trouvera de nombreuses réponses que je laisse à chacun le soin de formuler. Dans ce guide la mesure du succès sera uniquement la notoriété et le nombre de ventes. Une définition réductrice bien sûr car pour certains auteurs, finaliser leur livre et le faire lire à leurs proches sera déjà un succès, quand pour d’autres il se mesurera à l’aune du nombre d’interviews dans les médias et les blogs.

Le boom de l’autoédition

L’autoédition est un phénomène vieux comme les livres, qui a pris un essor important avec les nouvelles technologies : internet, l’impression à la demande, les liseuses, tablettes et autres appareils de lecture. Cet essor n’en est qu’à ses débuts mais les succès qui se font jour depuis quelques années attestent que ça marche et qu’il faut compter avec. D’ailleurs les grands éditeurs ne s’y trompent pas. Ils accordent une attention de plus en plus marquée aux auteurs indépendants (aussi appelés les indés, de l’anglais indies) qui percent et atteignent parfois des chiffres de ventes qui n’ont rien à envier aux auteurs édités de façon traditionnelle (en maison d’édition). Surveiller les meilleures ventes des indés est une activité de routine pour certains directeurs littéraires qui y voient un terrain de chasse de nouveaux talents.

L’autoédition convient-elle à tous les auteurs ?

Il existe deux grandes catégories d’auteurs : ceux qui aspirent à être pris en main, et ceux qui n’en ont pas besoin.

La première catégorie regroupe les auteurs qui recherchent un regard extérieur, qui aiment être pris en main par un éditeur qui les chouchoute. Ils estiment n’exister en tant qu’écrivain qu’au travers du regard d’un éditeur professionnel qui apprécie leur œuvre, parfois la retravaille avec eux, et s’occupe des modalités logistiques, commerciales. Ils acceptent volontiers de sacrifier une part de leur liberté et de leur rémunération en échange de cette prise en main de caractère paternaliste. Des rapports affectifs s’établissent parfois avec l’éditeur  (surtout si l’auteur vend bien…).

Les auteurs appartenant à cette catégorie se dirigeront volontiers vers des éditeurs, du moins s’ils parviennent à obtenir un contrat d’édition.

Il est clair qu’il y a une part d’influence purement « culturelle » dans cette idée que l’éditeur est nécessaire à la création littéraire. Depuis le 19e siècle, qui a vu l’émergence des éditeurs tels qu’on les connaît aujourd’hui, on nous explique que l’éditeur est la source de la littérature. On nous ressasse que sans lui tout s’effondre : un écrivain n’est plus un écrivain, un libraire n’est plus un libraire et un livre n’est plus un livre. Forcément cela laisse des traces dans notre esprit et conditionne notre façon de voir les choses. Cela devient une sorte d’évidence. C’est une idée assez répandue en France, sans doute plus que dans d’autres pays occidentaux.

En 2012 Aurélie Filipetti, alors ministre de la Culture et elle-même auteur d’un livre, déclara à un journaliste d’Actualitte :

 « L'éditeur a un rôle éminent dans le processus de création. […]. Et sans entrer dans un débat philosophique sur le processus de création, quand on écrit, chez soi, on a besoin d'avoir le regard d'un éditeur, pour venir sanctionner, dans le bon sens du terme. C'est-à-dire, donner le jugement d'un professionnel, sur le texte que l'on est en train de rédiger. Et sans cela, même si on se publie soi-même, et que l'on peut toucher un public au travers des réseaux, on n'a pas cette reconnaissance de se sentir écrivain. L'écrivain ne naît qu'au travers du regard de l'éditeur. »

Cette déclaration résume très bien cette conception paternaliste de l’éditeur qui serait soi-disant indispensable. Elle fait également allusion à l’autoédition, dont on sent qu’elle pose problème : on peut certes trouver un public en autoéditant (il faut bien l’admettre puisque c’est une réalité) mais malgré tout… on n’est pas vraiment écrivain !

Je ne partage pas cette vision des choses. De mon point de vue, quelqu’un qui écrit, travaille dur pour faire un excellent livre, le publie et séduit des milliers de lecteurs, cela s’appelle bel et bien un écrivain…

Chaque fois que j’entends quelqu’un ressasser ce credo sur les éditeurs, je me rappelle Jean Cocteau. Agacé par son éditeur Bernard Grasset qui lui rappelait sans cesse l’importance de sons rôle, Cocteau lui répondit un jour : « Vous devriez imiter les producteurs de cinéma, annoncer en gros titres : "un livre de Grasset" et en petits caractères : "paroles de Cocteau" ».

Cette idéologie qui consiste à voir dans l’éditeur la source légitime de toute littérature est très récente dans l’histoire millénaire de l’écriture : elle date d’un siècle. Avant le 19e siècle, les éditeurs tels qu’on les connait aujourd’hui n’existaient tout simplement pas. Les auteurs vendaient directement aux libraires, l’organisation était très différente. Dire que l’éditeur est la source de toute littérature revient donc, indirectement, à juger que ce qui a été écrit avant le 19e siècle n’est pas de la littérature… Argument facile ? peut-être, chacun jugera !

 

La deuxième catégorie d’auteurs perçoit l’éditeur comme un simple intermédiaire. Ils n’ont pas ce rapport de dépendance et n’attendent pas qu’on leur prenne la main. Ils estiment que le créateur, le porteur de valeur c’est l’auteur, et pas l’éditeur. Ils considèrent ce dernier comme un commerçant qui rentabilise leur talent à son profit. Les plus engagés vont jusqu’à parler de « mal nécessaire ».

Ces auteurs, dans leur grande majorité, veulent bien collaborer avec un éditeur, pourquoi pas après tout ? mais il doit justifier son rôle à travers une réelle plus-value commerciale (et éventuellement artistique). Il ne suffit pas de s’autoproclamer indispensable, il faut prouver concrètement l’intérêt pour l’auteur de signer un contrat d’édition, ce que ça lui rapportera.

Or, dans un contexte de surproduction de livres et de moyens financiers en baisse depuis une décennie, l’éditeur apporte de moins en moins de valeur aux auteurs, et cela ne fait que renforcer un certain sentiment d’illégitimité dans l’esprit de ces auteurs.

Ainsi par exemple, Philippe Bonifay, 30 ans de carrière dans la bande dessinée, annonçait sur sa page Facebook (en accès public) le 27 mai 2014 qu'il abandonnait le métier. Il dénonçait « l'indécence des éditeurs qui abusent sans vergogne des auteurs pris à la gorge ». Il ajoutait le 30 mai : « Depuis des années, nous nous mettons à faire nous-même la promo de notre travail. [...] il y a une chose de sûre aujourd'hui en BD: Les auteurs n'ont plus obligatoirement besoin d'un éditeur. Ou en tout cas pas d'un éditeur traditionnel ! »

Quelques exemples célèbres de cette catégorie d’auteurs ? Les frères Goncourt jugeaient « inacceptables » les suggestions de corrections de l’éditeur Didot. De même Victor Hugo ou encore Baudelaire qui écrivait « on ne retouche pas MES vers ». Selon Flaubert un éditeur est un exploiteur  qui « n’a pas le droit de vous apprécier. J’ai toujours su gré à Lévy [son éditeur] de ne m’avoir jamais dit un mot de mon livre. » A l’époque il était d’ailleurs courant que l’éditeur ne puisse pas lire le livre avant parution ! Eh oui, ce qui semble aller de soi aujourd’hui ne l’a pas toujours été… cela fait relativiser les choses. Plus récemment, Marguerite Duras n’a jamais supporté la moindre remarque sur ses textes.

Dans l’esprit de cette catégorie d’écrivains, l’autoédition peut constituer un moyen parfaitement légitime d’éditer des livres en conservant leurs droits et en retirant eux-mêmes les bénéfices de leur créativité à travers un pourcentage sur les ventes 3 à 5 fois plus élevé.

Cela ne signifie pas qu’ils ne signeront jamais un contrat d’édition. Simplement, ils le feront en connaissance de cause après avoir étudié l’intérêt concret que cela présente pour eux. Le critère principal sera, à juste titre, la puissance de frappe commerciale de l’éditeur.

Dans ce schéma, l’éditeur conserve un rôle à jouer, dans la mesure où il apporte un réseau commercial de grande ampleur. Le chanteur Justin Bieber fut découvert sur Youtube avant de signer avec un label qui le propulsa au rang de star internationale. Dans le monde du livre, la plupart des auteurs qui ont percé grâce à l’autoédition, en France ou aux USA, signent ensuite un contrat d’édition avec une maison qui leur apporte un réseau commercial puissant pour l’édition au format papier, ainsi que l’accès à l’international par le biais des ventes de droits étrangers (traductions).

L’autoédition ne s’oppose pas à l’édition traditionnelle. Elle constitue une autre voie pour publier, tout aussi légitime. De mon point de vue, la légitimité d’un auteur naît de son talent et de son travail d’écriture, pas d’un éditeur. Pour autant les éditeurs ont toujours un rôle à jouer. Cessons donc d’opposer autoédition et édition traditionnelle et admettons que la littérature et le plaisir de lire peuvent trouver leur source auprès de l’un ou de l’autre !

L’autoédition en connaissance de cause

Je ne cherche pas à dresser un portrait idyllique de l’autoédition. On y trouve des livres de mauvaise qualité, publiés trop vite, avec d’horribles fautes d’orthographe, des mises en page bâclées et des couvertures repoussantes. Pour les autres, malgré tout le soin apporté il est très difficile de se faire connaître, la grande majorité ne se vendent que très peu, voire pas du tout, et restent noyés dans la masse ; notons que les livres publiés par des éditeurs connaissent les mêmes difficultés et pour la plupart ne se vendent pas non plus ! En plus de l’écriture, de loin le travail le plus considérable, l’auteur doit apprendre et comprendre beaucoup de choses pour professionnaliser sa démarche. Notre mission est d’accompagner chaque auteur dans cette aventure passionnante.

L’important, pour vous auteur, est d’autoéditer en connaissance de cause, sans vous faire d’illusions sur le résultat. Il est très probable que votre prochain livre autoédité se vendra peu. En persévérant, en continuant d’écrire tout en professionnalisant votre démarche d’autoédition, en utilisant les outils et les conseils proposés par des entreprises telles que Bookelis, vous connaîtrez la satisfaction du travail bien fait et celle d’être allé au bout de votre démarche d’écriture. De plus vous augmenterez vos chances et parviendrez, peut-être, à entrer dans le cercle fermé des auteurs à succès.

 

Pour compléter ce guide, vous trouverez sur notre site internet de nombreuses fiches conseils sur tous les aspects pratiques de l’autoédition. Elles sont en libre accès, n’hésitez pas à les consulter et à les partager autour de vous. 

Je vous souhaite de belles aventures éditoriales !

Jean-Yves Normant

Fondateur de Bookelis