
Avocate et autrice auto éditée : le parcours inspirant de Joëlle Verbrugge
Publier ses livres en autoédition tout en exerçant un métier exigeant est un défi que relève avec succès Joëlle Verbrugge. Avocate au Barreau de Bayonne, photographe professionnelle et autrice prolifique, elle a choisi l’autoédition pour conserver sa liberté éditoriale et proposer des ouvrages juridiques pratiques destinés aux photographes et créateurs d’images. Dans cette interview, elle revient sur son parcours, sa méthode de travail, sa vision de l’intelligence artificielle et partage de précieux conseils à destination des auteurs qui souhaitent se lancer dans l’autoédition.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre parcours d’auteur ?
Je suis avocate depuis bientôt 35 ans. Après 10 ans d’exercice à Bruxelles, je me suis installée en France où j’exerce au Barreau de Bayonne depuis 2002. Parallèlement à cela, je pratique la photographie depuis l’âge de 10 ans, et j’en ai fait une activité professionnelle artistique, en parallèle de mon activité principale, depuis 2009.
Ce faisant, j’ai commencé à expliquer le droit aux photographes, puisque j’avais un pied dans chacune des disciplines, ce qui m’a amenée à publier des articles, puis des livres, sur différents aspects (droit d’auteur, droit à l’image, statuts des photographes, etc…) depuis 2010. L’ouvrage récemment paru est, au total, le 36ème si j’inclus également 2 livres photographiques consacrés au Pays Basque, ma région d’adoption. Il est le 8ème en autoédition, puisque j’ai choisi ce mode d’édition depuis début 2023.
Mon souhait est de rendre le droit accessible, en l’expliquant de façon concrète aux acteurs du monde de l’image, qu’ils soient derrière ou devant l’objectif, dans des mots simples, et sur base de situations concrètes que je connais bien du fait de ma pratique de la photographie.
J’anime également un blog, une chaîne Youtube et un podcast, toujours dans le but d’informer les créateurs et utilisateurs d’images fixes ou animées, dans tous les aspects juridiques.
En parallèle, j’accompagne donc les photographes en les aidant à choisir leur statut, en leur rédigeant des contrats sur mesure adaptés à leur activité, etc.
Pourquoi avez-vous choisi l’autoédition plutôt qu’une maison d’édition traditionnelle ?
Je souhaitais pouvoir gérer entièrement tous les aspects de ma communication, mais aussi – et surtout – la fréquence de mes publications, le choix de mes sujets, sans contraintes ni calendriers imposés.
L’impression à la demande offre aussi la souplesse de ne pas avoir à se constituer de stock, sur des ouvrages dont il est souvent difficile d’évaluer le succès. L’évolution des offres en matière d’autoédition offre aujourd’hui une liberté qui était impensable il y a quelques années, et j’ai souhaité faire évoluer ma pratique d’écriture en profitant de ces évolutions pour faire grandir les collections que j’ai créées au fil des besoins des photographes et de mes inspirations.
Quel est votre dernier ouvrage ?
Mon dernier ouvrage en date s’insère dans la Collection des « Dossiers du droit de la photo« , dont il est le 5ème volume.
Il s’intitule « Droits réservés ? Droits piétinés ! » et concerne une pratique illégale – mais malheureusement très répandue – selon laquelle les éditeurs, surtout dans la presse, publient des photographies non seulement sans autorisation des photographes, mais aussi sans mention de leur nom, qu’ils remplacent par la mention « D.R. » qui signifie « Droits réservés ».
J’examine l’historique de cette pratique, j’explique en quoi elle est illégale et quels préjudices elle cause aux photographes.
Après une revue de jurisprudence à ce sujet, je propose aussi des argumentations « clé en main » permettant aux photographes de défendre leurs droits, et de répondre aux « justifications » souvent boiteuses des éditeurs lorsqu’ils sont mis en demeure.
Il s’agit donc à nouveau d’un guide juridique 100% pratique destiné aux photographes et, je l’espère, aux éditeurs eux-mêmes afin d’aider à endiguer cette hémorragie de contrefaçons.
Comment se déroule votre processus d’écriture ?
Tout dépend d’un livre à l’autre.
Pour les ouvrages qui sont rédigés de façon « classique », j’utilise énormément le Mindmapping pour structurer mes idées et permettre, lorsque le livre n’est encore qu’un projet, de classer déjà toutes les ressources qui vont me servir. La technique du mindmapping, dont je me servais déjà pendant mes études, bien avant qu’elle soit facilitée par des logiciels dédiés, me permet une mise en place très simple de la structure de mes livres, et une visualisation des sujets que je dois y ajouter pour plus de clarté. Ce n’est que lorsque la structure est suffisamment construite sous cette forme que je crée la hiérarchie des titres et sous-titres qui vont me servir de trame pendant l’écriture elle-même. Cela n’exclut jamais d’affiner ensuite ce qui doit l’être, mais généralement la structure finale est très proche de ce que j’ai visualisé au préalable.
D’autres (la collection « Parcours juridique« ) présentent la particularité de se lire comme un « livre dont vous êtes le héros ». La table des matières est alors visuelle et le lecteur suit un parcours décomposé en différentes petites sections.
En voici un exemple, qui est la table des matières de mon livre « Parcours juridique – L’autoédition » qui devrait intéresser vos lecteurs : pour ces ouvrages-là (qui existaient chez un précédent éditeur sous un autre nom) il s’agit toujours d’une matière que je connais parfaitement avant même de débuter la rédaction. Ceci me permet de créer d’abord un premier projet de parcours sur papier, qui reste le moyen à mon sens le plus efficace pour mettre les idées en place. Et lorsque j’arrive à quelque chose de cohérent, j’utilise ensuite un logiciel de PAO pour présenter proprement le parcours et ses différentes étapes
Et ensuite seulement je commence à rédiger.
Chaque section, correspondant à une case du parcours, se terminer par une ou plusieurs questions posées au lecteur. En fonction de la réponse que donnera le lecteur, il sera renvoyé vers la ou les sections utiles du livre.
Ces ouvrages-là sont assez ludiques, et permettent aussi de faire comprendre des notions parfois arides en les rendant plus digestes, et en proposant un apprentissage progressif et 100% axé sur les situations concrètes que vivent les lecteurs au quotidien.
A ce jour, deux ouvrages existent dans cette collection « Parcours juridique« , et d’autres sont encore en stock chez moi sur d’anciens titres qui seront à terme réédités en Parcours juridiques, mais qui restent 100% d’actualité.
Utilisez-vous des outils d’intelligence artificielle dans votre travail d’auteur ?
Je n’utilise jamais l’IA pour CRÉER un contenu au sein de mes ouvrages : ni du texte, ni des visuels. Donc pas d’IA générative dans mes livres. Tous les textes, schémas, tableaux ou synthèses visuelles n’ont été créés que par moi-même.
Par contre, je peux être amenée à utiliser NotebookLM pour gagner du temps sur la lecture de certains très gros documents. Non pas pour REMPLACER cette lecture – bien au contraire ! – mais uniquement pour déterminer si cette lecture aura un intérêt pour telle ou telle publication. En demandant la création d’une synthèse, par exemple pour une thèse de doctorat de plusieurs centaines de pages (librement accessible sur Internet), je peux mieux déterminer si la lecture complète de cette thèse me sera utile ou, éventuellement, l’écarter si elle n’est pas directement en lien avec le sujet sur lequel je veux écrire. Dans certains cas aussi, cela me permet de mieux trier mes ressources, pour m’en servir ensuite au moment voulu, sur d’autres ouvrages pour la préparation desquels je vais alors lire personnellement tout le document, et travailler de façon plus classique.
Je peux aussi me servir de Perplexity (en version « Recherche approfondie ») pour faire des recherches de sources, après quoi je vais bien sûr explorer moi-même chacun des liens qui me sont proposés, afin d’en retirer ce qui peut être utile pour mes explications.
Le regard que je porte sur l’IA est partagé. Il s’agit dans certains cas d’un outil qui, bien utilisé, peut en effet faire gagner du temps mais implique que les utilisateurs soient conscients des risques, notamment au niveau des atteintes aux droits d’auteur mais également les risques de biais de connaissances.
Ces outils ne remplaceront jamais une recherche effectuée de façon plus classique mais ils peuvent faire gagner du temps sur les ressources pertinentes.
Par contre, il y a tout un pan de l’IA que j’ai notamment examiné dans le Chapitre 8 de mon ouvrage « I.A. & Image – Guide juridique« . La table des matières est accessible dans le court extrait disponible sur cette page de présentation du livre. Après avoir examiné les questions liées au droit d’auteur (Chapitre 2), au droit à l’image (Chapitre 3- Notamment la question des Deepfakes), l’éthique journalistique (Chapitre 5), etc… j’ai consacré mon dernier chapitre aux Dérives totalitaires, qui sont favorisées et facilitées par l’IA. Je parle ici de vidéosurveillance algorithmique, de reconnaissance faciale, etc. Et ces utilisations-là transforment alors l’IA en arme potentielle contre les libertés fondamentales.
Il ne faut donc pas perdre de vue que pendant que les utilisateurs s’interrogent sur la meilleure façon de créer l’image, la musique ou le texte de leurs rêves à l’aide de prompts efficaces, d’autres ont des agendas nettement plus dangereux auxquels nous devons absolument être attentifs.
Cet ouvrage-là, consacré à l’IA, devrait être mis entre toutes les mains car chaque individu peut soudain être confronté à l’utilisation de son image dans un Deepfake ou une escroquerie quelconque, ou éventuellement être poursuivi pour avoir créer une image « synthétique » qui s’avère être une contrefaçon au préjudice d’un auteur. Mais également, et surtout, parce que chaque citoyen doit comprendre les enjeux de l’utilisation de l’IA comme outil de destruction systématique des libertés individuelles. L’avancée de cet agenda dystopique n’est rendue possible, également, que par la méconnaissance de ces enjeux.
Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui hésite encore à publier son premier livre en autoédition ?
J’ai eu la chance de publier de nombreux livres avant d’entamer le parcours d’autoédition. Ce qui m’a permis d’optimiser la démarche en gardant à l’esprit les erreurs que j’avais pu commettre par le passé (notamment dans ma communication), ou les reproches que j’ai pu faire à l’un ou l’autre éditeur.
Il faut, à mon sens, que chaque auteur auto-édité garde à l’esprit que le monde tournait déjà sans son livre, et tournera encore ensuite. En d’autres termes, si on veut vendre des livres, il n’y a pas d’autre solution que de communiquer soi-même de façon efficace et permanente, ce que je ne fais pas toujours moi-même non plus (à défaut de temps notamment). Même un ouvrage particulièrement utile ou, pour la fiction, un roman captivant, ne se vendra pas si personne ne le connaît. Et le bouche-à-oreille dans un cercle restreint suscitera des ventes, mais n’en fera en général pas un « best-seller ».
Cela vaut donc sûrement la peine de se pencher sur un plan de communication bien construit et systématique, et là je ne suis pas un modèle à suivre. D’autres le font bien mieux que moi.
Constituer une « communauté » sur Internet, sur un sujet précis, permet aussi de faciliter cette communication. J’ai eu le temps de construire celle-ci à partir du blog que j’anime depuis 2009, et des multiples publications depuis lors, ce qui permet aussi de toucher directement mes lecteurs, mais cela ne suffit pas toujours.
Et une autre suggestion, peut-être : lire mon ouvrage consacré à l’autoédition, évoqué plus haut. Cela évitera de faire des mauvais choix ou d’oublier des étapes importantes qui peuvent avoir des conséquences (financières, juridiques ou fiscales) parfois très lourdes.
Quels sont vos projets d’écriture pour les mois à venir ? Avez-vous un nouveau livre, une série ou un projet particulier en préparation ?
J’ai au moins quarante livres en projet, certains totalement nouveaux, d’autres qui sont des rééditions et mises à jour augmentées d’ouvrages déjà publiés et épuisés à ce jour.
Dans l’immédiat, je connais le sujet du prochain, sur lequel je travaille déjà. J’espère pouvoir l’annoncer à l’automne.
Par superstition, je préfère ne pas en divulguer encore le sujet. Il s’agira du volume 6 de la collection des « Dossiers du droit de la photo« , sur un autre sujet souvent brûlant en photographie.
Après cela je m’occuperai de la mise à jour en vue de la réédition de 2 ouvrages dans la collection « Parcours juridique« , qui avaient eu pas mal de succès, et qui sont épuisés à l’heure actuelle.
Succès d’auteurs
Concours littéraire BADASS : le roman gagnant La conception d’une couverture de livre est cruciale lors [...]
Interview de l'auteure "Desperate Maîtresse" La conception d’une couverture de livre est cruciale lors de sa [...]
Entretien avec Franck Thilliez, le maître du polar La conception d’une couverture de livre est cruciale [...]
Entretien avec Jana Rouze qui a autoédité Effet de vague – Saison 1 La [...]
"Publier son livre à l'ère numérique". Interview d'Elizabeth Sutton La conception d’une couverture de livre est [...]
Interview de Cyril Godefroy, fondateur d'eBookGang La conception d’une couverture de livre est cruciale lors de [...]
Interview avec Caroline Kahel La conception d’une couverture de livre est cruciale lors de sa création [...]
Rencontre avec Pierre Arnold et Charlène Lemarié La conception d’une couverture de livre est cruciale lors [...]
Interview avec Thierry Arade, auteur de Connections La conception d’une couverture de livre est cruciale lors [...]
Rencontre avec Nicole Nonin Grau La conception d’une couverture de livre est cruciale lors de sa [...]





