
Laëtizia Carlier : de l’écriture à l’autoédition du Journal de Monsieur Borel
Dès les premières pages du Journal de Monsieur Borel, un avertissement interpelle le lecteur : ce journal n’était pas destiné à être lu. Victor y raconte une existence marquée par l’esclavage, la violence et la perte, mais aussi par l’amour d’un père pour son fils. Au fil des confidences, les souvenirs se mêlent aux voix et aux ombres. Les phrases se brisent, le doute s’installe : à qui Victor s’adresse-t-il vraiment ?
Paru en novembre 2025, ce roman de Laëtizia Carlier propose une plongée troublante dans l’intimité de son narrateur. Dans cette interview, l’autrice nous raconte la naissance de son histoire, ses inspirations et son parcours en autoédition avec Bookelis. Elle partage ses découvertes, ses difficultés et la fierté de voir son livre rencontrer ses lecteurs.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous raconter comment est née votre passion pour l’écriture ?
Je m’appelle Laëtizia Carlier, je suis surveillante de nuit et autrice du Journal de Monsieur Borel.
Mon envie d’écrire est née au collège, lorsque j’étais en cinquième et que je subissais du harcèlement scolaire. À cette époque, ma mère m’avait proposé de recopier des passages de livres pour améliorer mon écriture.
Mais j’ai fini par me lasser de recopier les histoires des autres ! Puisque je voulais continuer à progresser dans mon écriture et en français, je me suis dit : pourquoi ne pas inventer mes propres histoires ? Je pouvais ainsi faire d’une pierre deux coups. C’est de cette façon que j’ai commencé à créer mes personnages et mes univers.
Comment est né Le Journal de Monsieur Borel ? Qu’est-ce qui vous a inspirée et qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent de cette histoire ?
Le Journal de Monsieur Borel est né en 2019, alors que j’étais en formation d’aide-soignante. À l’origine, il devait être le deuxième tome d’une histoire centrée sur le fils de Victor. Ce premier récit était lui-même parti de questions restées sans réponse autour d’une histoire de jeu vidéo, auxquelles mon imagination avait voulu apporter une suite.
Les vampires ont été l’une de mes premières sources d’inspiration. Ensuite, les pauses dans mon écriture m’ont permis de faire évoluer le projet et de réfléchir à ce que je souhaitais vraiment raconter. J’ai également beaucoup hésité sur l’époque, avant de choisir le VIIe siècle : j’avais envie d’explorer un cadre que je retrouvais moins souvent dans mes lectures de ce genre.
J’aimerais surtout que les lecteurs retiennent l’amour paternel de Victor et sa lutte pour prendre soin de son fils. Son histoire aborde aussi les conséquences de l’esclavage et des violences qu’il a subies, les traces qu’elles ont laissées en lui et son chemin vers la libération. À travers ce personnage, je voulais notamment montrer l’importance de prendre soin de ceux que l’on aime.
Vous avez choisi l’autoédition pour donner vie à votre ouvrage. Qu’est-ce qui vous a attirée dans cette démarche et quelle importance accordez-vous à la liberté de créer et de publier selon vos propres choix ?
Au départ, je me suis tournée vers l’autoédition parce qu’aucune maison d’édition n’avait accepté mon manuscrit et que je voulais donner sa chance à ce livre. Je croyais en lui et je souhaitais lui permettre de rencontrer ses lecteurs.
Après presque un an, j’apprécie de pouvoir faire mes propres choix et développer sa visibilité à mon rythme. Cette expérience m’a aussi appris à me faire davantage confiance, à présenter mon ouvrage, à construire un dossier de presse et à entreprendre des démarches que je n’aurais pas imaginées auparavant. L’année dernière, je n’aurais jamais pensé être en contact avec une équipe au Québec pour une future chronique !
Cette liberté compte beaucoup pour moi, aussi bien dans la création que dans la publication. Elle s’accompagne toutefois de difficultés : je gère beaucoup de choses seule, avec un budget limité, et j’apprends au fur et à mesure. Cela demande du temps et de l’énergie, parfois au détriment de ma santé. J’aimerais donc développer davantage de partenariats pour être mieux entourée dans cette aventure.
De l’écriture à la publication, chaque auteur suit un parcours différent. Comment avez-vous vécu les différentes étapes de votre projet avec Bookelis ?
Le passage du manuscrit au livre publié a été à la fois une découverte et une source de stress. Bookelis m’a notamment accompagnée pour l’ISBN et le référencement de mon ouvrage, des aspects que je ne maîtrisais pas au départ. Cela m’a permis de me consacrer à d’autres démarches autour du livre.
Ce qui m’a particulièrement étonnée et fait plaisir, c’est de découvrir mon ouvrage sur les sites de différentes librairies, en France comme à l’étranger. Je ne pensais pas qu’il voyagerait autant !
Cette présence internationale m’a aussi donné des idées. En découvrant que mon livre était proposé au Canada, j’ai pensé à contacter une équipe de chroniqueurs au Québec. J’ai effectué cette démarche moi-même, mais cette découverte m’a ouvert une piste à laquelle je n’aurais probablement pas pensé autrement.
Quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui rêvent de voir leur manuscrit devenir un véritable livre ?
Avoir publié mon livre représente énormément pour moi. C’est la joie de tenir entre mes mains une histoire que j’ai créée, de la voir proposée en librairie et de savoir que des lecteurs peuvent désormais la découvrir. C’est aussi une fierté d’avoir donné sa chance à un projet auquel je crois, malgré les doutes et le stress qui accompagnent sa publication.
Mon premier conseil serait de prévoir un budget et de mettre de l’argent de côté : l’écriture n’est qu’une partie du parcours, et les dépenses peuvent vite s’accumuler. Il faut se renseigner pour choisir celles qui correspondent réellement à ses besoins et à ses moyens.
Je conseillerais aussi de ne pas rester seul : chercher des partenaires fiables, échanger avec d’autres auteurs et s’entourer de personnes capables de donner des conseils constructifs. Enfin, il faut apprendre à distinguer les critiques qui permettent d’avancer des paroles qui découragent sans rien apporter. Les autres peuvent avoir leur avis, mais il est important de garder confiance dans son projet et de lui donner les moyens d’exister.
À travers son témoignage, Laëtizia Carlier rappelle que publier un livre est aussi un chemin d’apprentissage : affirmer ses choix, apprivoiser les aspects techniques et aller à la rencontre des lecteurs. Son parcours souligne l’importance de bien préparer son projet, de s’entourer et de garder confiance tout en accueillant les critiques constructives.
L’aventure du Journal de Monsieur Borel continue : des lecteurs ont proposé son ouvrage pour le Prix des meilleurs livres et livres audio sur NetGalley. Les modalités et les prochaines étapes restent à préciser, mais cette initiative constitue déjà un bel encouragement.
Envie de découvrir ce que Victor Borel consigne ou dissimule dans son journal ? Plongez dans Le Journal de Monsieur Borel, disponible sur la librairie Bookelis.