portrait de jonathan chaillou

Jonathan Chaillou : « Tue ta muse », un premier roman entre fascination, obsession et création, publié en autoédition.

Écrire pour être lu, quitte à emprunter un autre chemin que celui de l’édition traditionnelle. Avec Tue ta muse, Jonathan Chaillou signe un premier roman intense et singulier, nourri par une réflexion profonde sur la fascination, l’obsession, le temps qui passe et le pouvoir de l’art. Publié en autoédition sur Bookelis, ce texte hybride brouille volontairement les frontières entre fiction, vécu et introspection, et invite le lecteur à plonger dans une histoire aussi troublante que sensible.

Dans cette interview, l’auteur revient sur son parcours, la genèse de son roman, son choix de l’autoédition et les enseignements tirés de cette première expérience de publication indépendante.


Parlez-nous de votre parcours.

Enfant, puis jeune adulte, boulimique d’art, littérature, peinture, cinéma musique… j’ai longtemps dessiné et toujours voulu écrire. J’ai un temps été prétendant artiste peintre. Aux beaux-arts ma peinture était parfois jugée trop « narrative ». Je ne cherchais pas à peindre mais simplement à produire des images pour raconter des histoires. L’écriture ne venait pas vraiment, quelques pages parfois, pour rire, quelques poèmes.

Il m’a fallu traverser vingt ans d’une presque diète pour peut-être digérer et me soustraire à tant de chefs-d’œuvre rencontrés à l’instar de ces peintres bloqués par le syndrome florentin, pour enfin parvenir à quelque chose. La découverte d’une jeune artiste a déclenché l’envie, à nouveau, d’inventer. Pour écrire, je me mets un peu, beaucoup, à croire ce que je raconte, j’ai besoin d’y être, de me casser les dents sur le rebord du lavabo. J’ai d’autres idées en tête, un projet même très concret en cours…mais la poursuite de l’aventure avec ce premier roman me prend déjà beaucoup de temps.

Comment est née l’idée et quels sont les thèmes principaux que vous abordez ?

L’idée est venue de la découverte de cette jeune artiste, donc, la muse existe bien. Ensuite ma volonté était d’aborder différents thèmes comme la fascination, l’obsession, la dérive des sentiments, le temps qui passe, l’art et la création. J’ai inventé une histoire qui ne doit pas vraiment s’appréhender comme une autofiction. Tout ce qui y semble vrai n’est pas forcément faux, la plupart de ce qui est probablement faux pourrait être vrai. J’ai voulu également mélanger les genres.

Qu’est-ce qui vous a motivé à choisir l’autoédition pour publier votre premier livre ?

Pour être franc, l’autoédition n’est pas vraiment un choix.

J’ai d’abord envoyé mon manuscrit à soixante-sept maisons d’éditions pour ne recevoir que dix réponses, négatives. Mais je voulais absolument aller au bout de ma démarche, je n’avais pas écrit que pour écrire, je voulais être lu. Mon entourage m’a incité à aller vers l’autoédition, mais j’imaginais ça comme étant un pis-aller, et inévitablement un gouffre financier (je ne suis qu’un modeste fonctionnaire territorial). Un ami qui est passé par Bookelis en 2020 (Les années zéro, Cyril Morlet) m’a suggéré cette solution. Il avait fait le tour de tout ce qui se faisait dans le domaine et Bookelis et son offre avec impression à la demande lui avait semblé être la meilleure formule.

Comment avez-vous vécu les différentes étapes du processus de création ?

De manières très inégales … J’ai adoré la phase d’écriture, je me suis beaucoup amusé, j’ai adoré faire vivre mes personnages, leur inventer une vie, raconter une histoire, les faire parler. Ils me manquent un peu maintenant.

J’ai beaucoup moins apprécié la suite, notamment les corrections et la mise en page… Mon budget était serré, j’ai voulu tout faire moi-même (J’ai beaucoup sollicité ma compagne…) ça prend un temps fou ! J’avais négligé cette part du travail lors de l’écriture et après, comptant très naïvement sur une hypothétique maison d’édition pour finir le travail. Lorsqu’au bout de plusieurs mois, j’ai finalement opté pour l’autoédition nous avons du tout reprendre… Lors de la phase de publication, j’ai conscience d’avoir gentiment harcelé le personnel de Bookelis, Valérie en particulier, (mille excuses). Enfin la promotion…J’ai fait appel, là encore, à Bookelis et à son réseau mais j’essaie d’en faire davantage, j’y suis, quels méandres ! A qui s’adresser ? Comment obtenir des contacts… Vraiment pas simple et encore du temps, du temps, du temps… Il n’est pas évident de conjuguer ce type d’expérience avec une vie de couple, de famille (nombreuse) et un travail.

Comment gérez-vous aujourd’hui la promotion de votre livre ?

J’utilise les réseaux sociaux, je tente de donner une existence à mes profils Facebook et Instagram et à une page Facebook, laborieusement. Je poste sur des groupes d’auteurs. J’essaie d’entrer en contact avec des influenceurs littéraires, sans réussite pour l’instant mais je viens de commencer. J’ai également sollicité et rencontré un correspondant de presse locale.

Avec le recul, quels enseignements tirez-vous de cette première expérience d’autoédition ?

Je ne suis pas sûr d’avoir déjà tant de de recul que ça et j’espère tirer encore beaucoup d’autres choses de cette expérience. Ce que je peux déjà en dire c’est que, malgré mon impatience et mon manque de temps, Il m’a été possible, sans me ruiner (à peu près le même budget, en prenant quelques options, que celui consacré à envoyer des manuscrits à des maisons d’édition) de parvenir à être publié sur le site de Bookelis en un temps record et à être disponible un peu partout très rapidement. J’ai beaucoup apprécié l’accompagnement patient et efficace de Valérie notamment 😉 et je remercie également Alexandra et Vincent. Il reste maintenant à convaincre des lecteurs …

Quels conseils donneriez-vous à un·e auteur·e qui hésite encore à se lancer en autoédition ?

Je comprends bien l’hésitation, et l’idée persistante qui consiste à penser que seules les maisons d’éditions à compte d’éditeur sont « valables ». Et je crains qu’il soit effectivement beaucoup plus compliqué d’être « visible » en passant par l’autoédition. Mais il y a énormément de demandes et malheureusement, même si votre ouvrage est génial (je ne parle pas pour moi, je n’ai pas cette fatuité) il est possible qu’il passe à la trappe, pour diverses raisons. L’autoédition est un moyen d’être publié.e et donc, potentiellement lu.e. Ce qui, quand on écrit, n’est pas négligeable.

En outre, l’autoédition n’est pas forcément qu’une solution de rechange.

A l’heure où de nombreux artistes, notamment musicaux, choisissent de s’autoproduire, cette démarche est peut-être simplement celle de l’avenir ! C’est aussi, l’assurance d’offrir aux lecteurs exactement ce que vous voulez, sans censure, coupure ou réécriture.

À travers Tue ta muse, Jonathan Chaillou livre bien plus qu’un premier roman : il propose une exploration intime des mécanismes de la création et des dérives possibles de l’admiration, portée par une écriture incarnée et assumée. Son parcours illustre aussi une réalité partagée par de nombreux auteurs : l’autoédition n’est pas un renoncement, mais une voie exigeante et libre pour donner vie à un texte et le confronter aux lecteurs.

Entre lucidité, engagement personnel et détermination, cette expérience rappelle que publier en autoédition, c’est avant tout faire le choix d’aller au bout de son projet, sans compromis sur le fond ni sur la forme.

Le livre de Jonathan Chaillou est disponible sur la librairie Bookelis mais aussi chez tous les libraires et plateformes de vente.