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Faut-il craindre le piratage de votre livre numérique ?

 
 
 

 

En 1943 l’écrivain Jean Genet comparait devant un tribunal pour le vol d’un livre de Verlaine. Sachant qu’il est auteur, le juge lui demande :

- Que diriez-vous si on volait vos livres ?

- J’en serais fier, répond Genet.

 

***

 

Toute technologie induit un risque. Chaque innovation crée un risque nouveau qui va de pair avec elle et n’existait pas auparavant. La voiture crée un risque d’accident, le train peut dérailler et l’avion se crasher, autant de risques qui n’existaient pas avant leur invention. Faut-il pour autant refuser de profiter de ces merveilleux moyens de déplacement ?

 

Une opportunité à saisir ?

Les téléchargements illégaux ne doivent pas occulter l’autre facette : les téléchargements légaux ! Le numérique permet de trouver de nouveaux lecteurs et de vendre auprès d’un très large public. Au lieu de se focaliser uniquement sur le risque de piratage, il est préférable de voir le fabuleux terrain de jeu qui s’offre à vous dans l’univers numérique : des millions de lecteurs potentiels et prêts à payer, à portée d’un clic.

 

Votre priorité : une base de lecteurs la plus large possible

Lorsque vous vous lancez dans l’autoédition, personne ne vous connaît en tant qu’auteur. Vous n’avez pas de lectorat. L’une de vos priorités est de multiplier vos lecteurs, il faut vous constituer un socle, une base. C’est là que tout commence. Le bouche à oreille est le principal facteur de succès d’un livre, le moteur qui pourra vous propulser vers les sommets.

Avant de vous préoccuper de gagner de l’argent, vous devez d’abord travailler à ceci : élargir le plus possible le nombre de lecteurs de vos livres. Si de nombreux lecteurs aiment vos livres et veulent les lire, vous gagnerez forcément de l’argent. Mais cela viendra après.

 

Comment augmenter votre base de lecteurs ?

Eliminer la barrière du prix est une recette connue – et souvent efficace – pour y parvenir. Les échantillons gratuits qui servent d’appât pour « accrocher » un client : une technique vieille comme le commerce ! Par exemple, fixer un prix de vente à zéro pendant quelques semaines incite les lecteurs à se procurer votre livre en éliminant la barrière psychologique du paiement. La gratuité est un argument commercial redoutable.

Si vous publiez une série en plusieurs tomes, offrir gratuitement le premier tome et faire payer les suivants peut s’avérer très pertinent. Si vous n’avez qu’un seul livre, il s’agira plutôt de faire une promo en fixant un prix nul pendant quelques semaines. Le pari est que les lecteurs qui ont profité de cette offre gratuite apprécieront ce que vous écrivez et auront envie d’acheter votre prochain livre qui, lui, sera payant. Ou bien ils le recommanderont autour d’eux et vous augmenterez votre lectorat  par un effet de viralité.

La gratuité vous permet d’augmenter votre notoriété et votre base de lecteurs.

Avec les livres papier cela n’est pas possible car il faut payer l’impression, vous ne pouvez donc pas l’offrir à moins d’avoir un gros budget. Avec le numérique c’est différent : offrir un ebook ne vous coûte rien, il s’agit d’un simple fichier dont le coût de duplication est nul. Au niveau des promotions, les ebooks offrent ainsi une liberté considérable et je ne peux que vous recommander d’en profiter. Faites des tests et voyez si cela permet de booster vos ventes. Cela ne fonctionne pas à tous les coups, mais il n’y a qu’une façon de le savoir : essayer !

 

Le bon côté du piratage est que, de même qu’une promo, il permet d’augmenter le socle de lecteurs. Les lecteurs qui téléchargent illégalement des livres le font principalement pour éviter de payer. Si votre livre et piraté, vous ne gagnez certes pas d’argent à court terme, mais cela vous fait de la publicité. Un livre téléchargé 100 fois illégalement, c’est votre base de lecteurs qui augmente d’autant.

 

Bien sûr, rien ne dit que ces lecteurs ne pirateront pas aussi votre prochain livre, auquel cas vous ne gagnerez jamais d’argent avec eux. Toutefois, raisonner ainsi et en conclure que le piratage est totalement et uniquement nocif est à mon avis une erreur. En pratique, plus vous avez de lecteurs, mieux c’est. Plus vous serez connu en tant qu’auteur, plus vous aurez un vaste lectorat, plus on parlera de vous, plus vos livres seront célèbres… plus vous gagnerez d’argent, directement ou indirectement ! Vous en gagnerez peut-être sur un prochain livre, peut-être sur une réédition, peut-être grâce à un contrat d’édition signé chez un éditeur qui vous aura repéré parce qu’il aura entendu parler de vous… il y a de multiples façons de monétiser une audience. Cela se fait parfois de façon indirecte et inattendue. Mais une chose est sûre : si vos livres séduisent de nombreux lecteurs, cela se traduira par des recettes pour vous, même si ce n’est pas immédiat.

 

Les études sur le piratage : tout et le contraire de tout

Plusieurs études ont été menées sur l’impact économique du piratage dans l’univers musical. Elles concluent tout… et le contraire de tout. Certaines expliquent qu’il est globalement bénéfique car il permet de faire émerger de nouveaux artistes par la publicité virale qu’il apporte. Les pirates n’auraient de toute façon pas acheté et il n’y a pas de réel manque à gagner pour le producteur.

D’autres études démontrent que le piratage diminue les ventes et cause des dégâts financiers importants aux producteurs.

La forte baisse de chiffre d’affaires des grands producteurs de musique sur la dernière décennie ne vient pas que du piratage, qui a parfois bon dos. Elle vient aussi des nouveaux modèles de diffusion liés au numérique, par exemple la vente de morceaux de musique à l’unité, alors qu’avant il fallait acheter l’album complet. Les producteurs ne vendent plus qu’un ou deux morceaux, quand ils en vendaient 10 ou 15 d’un coup… forcément la rentabilité chute à la mesure.

Il est important aussi de faire la distinction entre producteurs et musiciens. Les revenus des musiciens sont relativement stables depuis des années et n’ont pas été beaucoup impactés par le piratage (source : 5 Crises, 11 nouvelles questions d’économie contemporaine, Albin Michel, 2013). Ce qu’ils perdent en droit d’auteur sur les ventes d’albums est compensé notamment par des concerts plus nombreux. Leurs fans ayant dépensé moins pour acheter leurs albums, disposent de plus de moyens pour acheter un billet de concert. Il y aussi les contrats avec des marques ou les jeux vidéo qui les paient à prix d’or,  etc.

Ce sont les producteurs qui ont baissé (et le piratage n’est pas seul en cause comme on l’a vu), pas les artistes !

 

Ne pas exagérer l’importance du piratage des livres

La comparaison avec la musique vient naturellement à l’esprit, mais elle n’est pas entièrement pertinente. On n’écoute pas de la musique comme on lit un livre, le rapport à la lecture est différent. La musiques est picorée, on multiplie les téléchargements de morceaux qui durent quelques minutes. La lecture se situe dans un temps plus long de détente et/ou d’apprentissage.

Le piratage n’a rien de systématique dans le monde du livre. De (très) nombreux livres numériques n’ont jamais été piratés. Certes cela vient aussi du fait que l’ebook n’est pas encore très développé dans nos pays francophones. Petit marché, petit piratage.

Plus concrètement, au niveau de chaque livre pris individuellement, le niveau de piratage va de pair avec le nombre de ventes. Un ebook vendu confidentiellement n’a quasiment aucun risque de se retrouver sur un site pirate. Les lecteurs qui téléchargent illégalement se focalisent sur les succès du moment. Plus on parle d’un livre, plus il se vend, plus le piratage est élevé. C’est un problème de riches, si l’on peut dire. Si votre livre est piraté, ce n’est donc pas une si mauvaise nouvelle car cela signifie qu’il a du succès… !

Si vous avez le choix entre des petites ventes sans piratage, et un grand succès accompagné de piratage, que choisissez-vous ?

 

Les livres numériques sont là, et pour longtemps, c’est un fait. Le retour en arrière n’existe pas. Ce nouveau format n’est ni bon ni mauvais en soi, comme toute innovation il comporte des avantages et inconvénients. Il entraîne des bouleversements profonds dans l’univers du livre et il revient à chacun de s’adapter. Je ne dis pas pour autant qu’il faut être fataliste ! Voici deux choses à connaître pour limiter le piratage de votre livre.

 

 

Deux choses à connaître sur le livre numérique pour limiter le piratage

 

Les pirates trouvent deux avantages principaux dans le piratage des livres : la gratuité et la liberté d’utiliser les fichiers facilement, sans verrou. Lutter contre le pirate nécessite donc d’agir sur ces deux points.

 

1) Fixer un prix de vente attractif pour limiter le piratage

Consultez sur ce sujet notre fiche conseil Quel prix pour votre ebook.

Les fichiers piratés sont gratuits, c’est la principale motivation du piratage : ne pas payer.

Pourtant ce n’est pas tout à fait vrai. En réalité ils ont un coût : le temps passé. Pirater un livre numérique (ou tout autre produit numérique) nécessite du temps pour rechercher le fichier sur les sites pirates, ensuite pour le télécharger, puis pour s’assurer que la version piratée est de bonne qualité... se remettre à nouveau en recherche si le fichier n’est pas correct, etc.

Vous connaissez le dicton « Le temps c’est de l’argent ». Dans un contexte de surabondance, le temps est une valeur essentielle. Quand vous avez tout à portée de clic, ce qui devient précieux, c’est votre temps. Vous devez faire des choix, sélectionner. Le temps passé à rechercher, télécharger et vérifier un fichier a une valeur !

Un moyen efficace de dissuader les pirates est de vendre les ebooks à des prix bas, suffisamment bas pour que le temps passé à pirater le livre ne soit pas perçu comme « rentable », suffisamment bas pour qu’un lecteur préfère l’acheter plutôt que perdre une demi-heure à essayer de le pirater. Votre objectif est que les lecteurs se disent ceci : « Vu le prix bas de ce livre, pourquoi m’embêter ? Autant l’acheter plutôt que perdre mon temps à essayer de le trouver en version piratée ».

Un ebook vendu 3,99 € a moins de chances d’être piraté qu’un ebook à 15,99 €.

 

Voici 3 points de repère qui vous permettront de saisir où se situent les seuils de prix psychologiques et vous aideront à déterminer le prix de vente de votre ebook :

 

1- Il existe un seuil psychologique à 10 € pour les ebooks. Au-delà de ce prix, les lecteurs estiment globalement que le prix est trop élevé. Plusieurs études le confirment, notamment le Baromètre des usages du livre numérique (Sofia/Syndicat de l’Edition/Société des Gens de Lettres).

Si votre ebook est vendu plus de 10 € vous augmentez les risques de piratage car vos lecteurs estimeront que votre livre est trop cher et injustifié.

 

2- Le prix des livres de poche est également un point de repère. En France le prix moyen d’un Poche est de 6,70 € - retenons une fourchette entre 6 et 7 €. Les lecteurs font la comparaison. Ils ne comprennent pas qu’un ebook coûte plus cher qu’un livre imprimé, alors qu’il n’y a pas de frais d’impression. Je ne prétends pas qu’un ebook  doit toujours rester sous la barre des 7 €, mais cela donne un repère supplémentaire pour appréhender la psychologie des lecteurs.

 

3- Les éditeurs francophones vendent les livres numériques 30% moins cher que leur version papier, en moyenne. Cette différence de prix est faible. Globalement, les lecteurs considèrent que les ebooks sont trop chers par rapport à la version papier. Ne faites pas cela, car vous poussez alors les lecteurs vers le piratage. Votre ebook doit être vendu nettement moins cher que la version papier.

 

Il n’y a pas de vérité absolue en la matière, mais voici ce qu’on peut en déduire :

1- Votre ebook doit se vendre moins de 10 € de préférence.

2- Si vous descendez sous les 7 € vous vous situez dans la zone de prix considérée comme acceptable et juste par la majorité des lecteurs.

3- Le prix de votre ebook doit être au moins 50% inférieur à celui de votre version papier.

 

En fixant un prix de vente selon ces critères, vous n’éliminez pas complètement les risques. Il y a aura toujours quelqu’un qui ne voudra pas débourser un centime. Mais vous limiterez la tentation, c’est déjà beaucoup.

  

2) Ne PAS mettre de verrou sur les livres numériques

Ces verrous (appelés Digital Rights Management ou DRM) empêchent l’acheteur d’un ebook de le lire sur tous les supports de son choix, l’objectif étant de l’empêcher de le dupliquer. Le livre est impossible à copier ou à ouvrir si l’on n’est pas identifié avec un compte peronnel sur les appareils de lecture.

Le (gros) problème des DRM est qu’ils compliquent l’utilisation – donc la lecture – alors même que l’acheteur a dument payé son livre. Il est impossible de le prêter à des membres de sa famille ou à des amis, contrairement au livre papier.

A contrario, un livre téléchargé illégalement n’aura pas de DRM car le pirate aura pris le soin de les supprimer.  Il est facile de supprimer les DRM, n’importe quel ado sachant surfer sur internet trouvera des dizaines de sites expliquant comment procéder.

L’acheteur honnête est donc handicapé dans l’utilisation de son ebook, alors que celui qui télécharge le même livre gratuitement sur un site pirate l’utilisera totalement librement ! Il y a manifestement un problème avec les DRM…

 

Chez Bookelis nous n’utilisons aucune DRM car cela nuit aux ventes, handicape le développement du livre numérique et décourage les lecteurs honnêtes qui sont prêts à payer.

A la place nous préférons et conseillons l’utilisation du tatouage numérique (watermarking) qui consiste à apposer un code sur chaque ebook vendu, ce code étant propre à l’acheteur. Si l’ebook se retrouve sur un site pirate, il est alors possible d’identifier l’acheteur du livre qui l’y a déposé. Le tatouage n’entraîne aucun blocage et l’acheteur peut lire le fichier librement sur tous les appareils de son choix. Nos ebooks vendus en distribution Premium sont protégés par des tatouages, mais pas par des DRM. Il y a tout de même des exceptions notables à cette règle : Amazon, Apple et Kobo imposent leurs propres DRM à tous les livres vendus par leur intermédiaire ; nous n’avons pas la main pour les supprimer, il s’agit d’un choix de ces revendeurs.

 

Le fait de ne pas utiliser de DRM incite les lecteurs à acheter et payer leur ebook, car ils savent qu’ils pourront utiliser leur fichier comme bon leur semble, sans entrave. Cela limite donc l’intérêt des pirates.

 

 

En conclusion, ne craignez pas le piratage, acceptez-le comme la rançon du succès et aussi comme un moyen supplémentaire de vous faire connaître par la publicité virale qu’il peut apporter. Ne soyez pas naïf non plus et respectez les bonnes pratiques qui contribueront à en limiter la portée, notamment un prix de vente peu élevé et l’absence de DRM.

 

Jean-Yves Normant

Fondateur de Bookelis



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